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Analyses

La « Ville apprenante » : réapprendre à faire la ville ?

Le 31 janvier 2019, l’UNESCO a révélé les villes lauréates du prix Unesco des Villes apprenantes, distinction décernée tous les deux ans dans le cadre du réseau mondial des Villes apprenantes « Learning cities ». Ce prix récompense les initiatives exemplaires de « villes qui mobilisent toutes leurs forces vives pour assurer à leurs citoyens un apprentissage de qualité tout au long de la vie, de l’éducation de base à l’enseignement supérieur, sans oublier l’éducation informelle ». Les initiatives des villes du réseau sont diverses selon les contextes, au gré des enjeux locaux et de la vision portée par les élus.

En France, deux villes ont déjà rejoint le réseau : Clermont-Ferrand, qui centre son approche sur le développement de filières autour du thème de la viande, et Mantes-la-Jolie qui développe plusieurs projets visant à augmenter les capacités d’agir des Mantais. C’est ce dernier cas que nous allons aborder ici.

Commune de près de 45 000 habitants située dans les Yvelines, Mantes-la-Jolie s’appuie sur ce réseau pour développer les projets favorisant l’apprentissage sous toutes ses formes dans un contexte où 42% des personnes de plus de 15 ans sont sans diplôme contre 32% en moyenne en France. La ville devient alors un lieu de diffusion des savoirs(-faires) auprès des habitants qui sont également des acteurs ressources pour la collectivité. Parmi une trentaine d’initiatives Mantaises à ce jour, nous en esquissons ici quelques-unes qui mettent en lumière différentes facettes de la ville apprenante. Un grand merci à Alexandre Sas, Directeur de projet Action cœur de ville et Aminata Diawara, Chargée de mission Ville apprenante avec lesquels nous avons eu le plaisir d’échanger.

FAIRE ÉVOLUER LES APPRENTISSAGES FORMELS ET SCOLAIRES

La Ville apprenante c’est donc en premier lieu miser sur le capital humain, cela passe par le renforcement de l’acquisition des compétences de base.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet de « Nouveau Collège », porté par l’Education nationale, le Département et la Ville, dont la livraison est prévue pour 2021. Le projet pédagogique imaginé pour cet équipement est fondé sur la thèse développée par Jérôme Saltet, auteur avec André Giordan d’un ouvrage de référence, Changer le collège c’est possible ! Il repense le collège au travers de nouvelles méthodes pédagogiques plus interactives et nourrissant la confiance et la curiosité des élèves. Cela se traduit en particulier par la conception de locaux plus modulables et appropriables, dotés d’outils numériques. Tandis qu’aujourd’hui on ne se formerait plus à exercer un métier mais à en changer-voire à le créer-les manières d’apprendre doivent évoluer en conséquence. Ce projet passionnant est complexe et représente aussi un coût élevé, 24 millions d’euros, qui s’explique notamment par une capacité d’accueil de 600 élèves.

Diffuser les apprentissages (in-)formels

« Mantes-la-Jolie, Ville apprenante » c’est aussi une ville qui cherche à diffuser les savoirs(-faires) non-formels et informels à tous les publics au-delà du cadre de l’enseignement scolaire. Cela se traduit notamment par la volonté d’ouvrir le « Nouveau collège » sur le territoire. Ainsi, en amont, a été pensé l’utilisation de l’amphithéâtre du futur établissement comme espace d’apprentissage à destination de divers publics, de tous âges. Ce dernier s’ouvre alors sur le quartier et l’invite dans ses murs.

Viser un plus large public, c’est aussi inscrire les apprentissages dans l’espace public et adapter le fonctionnement des organisations pour favoriser l’acquisition des savoirs. C’est dans cette volonté, qu’a été pensé l’aménagement de la médiathèque du Centre-Ville, qui sera dotée d’un parvis ouvert sur l’extérieur.

Ainsi, afin de faciliter l’accès à la culture et d’éveiller la curiosité de chacun, Mantes-la-Jolie va mettre en place une « terrasse de lecture », extension de la médiathèque sur le parvis donnant sur le square Brieussel-Bourgeois. La culture s’invite ainsi, de manière plus informelle et spontanée, dans les activités quotidiennes. L’apprentissage devient un axe transversal des projets mantais.

La ville apprenante, une ville qui apprend de ses habitants

La ville apprenante repose également sur l’idée que chacun puisse apprendre des autres. Tandis que la concertation prend généralement la forme de réunions d’information, la mairie cherche à inclure de plus en plus les habitants en phase amont des projets. Ainsi la Ville apprend de ses habitants et de leurs usages dans le cadre de l’opération de redynamisation du Cœur de Ville. Chaque habitant est un potentiel expert-usager précieux pour changer la ville. En donnant dans un premier temps les clefs de compréhension des projets aux habitants, puis en les associant en amont du projet (ateliers, balades urbaines…), les services de Mantes-la-Jolie entendent prendre davantage en compte l’expérience et les aspirations des citoyens.

Vers un territoire seul face à ses ressources ?

La ville apprenante souligne la richesse potentielle de chaque territoire lorsque sont facilitées des initiatives locales et le dialogue entre ses différents acteurs. Cependant, lorsque l’on aborde l’enjeu de l’accès aux savoirs, on interroge aussi la manière dont les pouvoirs locaux, aux ressources très inégales, se doivent de plus en plus de prendre en charge directement les effets de l’inéquitable répartition des moyens de l’Etat sur le territoire et de leurs retraits progressifs au risque de voir s’estomper, à terme, les formes de solidarités nationales.

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